Beaucoup de blabla
Darwinisme informatique
18/03/10
Ceux qui comme moi, ont fait la guerre contre les machines ont connu les ordinateurs avant Facebook et Google ont bien connu des choses comme la loi de Moore (« le nombre de transistors des microprocesseurs est multipliée deux tous les dix-huit mois »). Pourtant, il faut se rendre à l’évidence, nos réflexes de dinosaures n’ont plus cours aujourd’hui.
Personnellement, j’avais suivi l’évolution du hardware jusqu’à l’époque où on a passé les 2GHz pour la fréquence des processeurs. Puis on s’est heurté à un mur au delà duquel la cadence du seul processeur ne suffisait plus, et paf, voilà le double coeur. Puis le quadri. Et il semblerait qu’aujourd’hui on en soit à de mystérieux processeurs i5 et i7 sur lesquels je ne vous dirai rien (parce que je n’y connais rien, soyons honnêtes).
Ce n’est que détail, me direz-vous. Après tout, il n’y a pas si longtemps encore, on s’extasiait devant nos 8Mo de RAM en se demandant quels jeux pourraient bien utiliser tout ça, et aujourd’hui on se trouve un peu juste avec 2Go. Et je vous répondrai… Oui, en effet, mais il y a des points avec nettement plus de conséquences.
Prenons l’exemple du disque dur. Traditionnellement, ils nous servent à stocker des tonnes d’infos. Mais est-ce si utile, aujourd’hui, d’avoir un disque dur phénoménal ? Nous avons tous connu un jour le tragique accident que même ScanDisk il ne peut plus rien pour toi, perdant toutes les données que l’on n’a pas sauvegardées. Du coup, les moyens se sont multipliés en ligne : Google qui permet maintenant de stocker tout ce qu’on veut sur Google Documents, Microsoft qui offre 25 Go pour toute personne détenant un compte Hotmail / MSN avec SkyDrive… 25 Go, ça semble peu, mais allez les remplir avec des textes et des photos, pour voir. Accessibles de partout, même en cas de changement d’ordinateur : pas de risque de perdre vos données, puisque ces services assurent leurs propres sauvegardes. Si on couple ça avec les services dématérialisés, ne vaut-il pas mieux aujourd’hui investir dans une mémoire SSD et compléter avec des disques durs externes ?
Parlons-en, d’ailleurs. Entre les disques 1To alimentés en USB qui tiennent dans la poche, et ceux qui permettent à présent de stocker 500Go sur l’équivalent d’une carte de crédit, le stockage peut se faire en grande partie là dessus : Avec un usage normal et en faisant un minimum attention, les disques durs actuels sont des tonneaux des Danaïdes, même en usant et abusant des films. Et le fait de pouvoir rajouter plusieurs centaines de Go en quelques secondes donne accès à des possibilités infinies. Quel besoin de DVD ou Bluray inscriptibles, quand on peut bénéficier de telles capacités ? A tel point d’ailleurs que certains fabricants amorcent la disparition des lecteurs CD/DVD, en ne laissant que les ports USB (cf le MacBook Air, ou l’Adamo de Dell, plus évidemment tous les « minis »). Inversement, les constructeurs ne prennent même plus la peine de préciser que leurs petits bijoux intègrent une carte wifi tant elle est devenue indispensable aujourd’hui.
Nouvelles normes, et nouveaux formats : le choix est large entre ceux qui tiennent dans la poche (ou en tout cas dans un sac à main, pour vous mesdames, afin de prouver que oui, on peut être féminine et poutrer du zombie à God of War être geek), ceux qui sont ultra-plats, et le futur raz-de-marée (injustifié) des tablettes (qui existent depuis fort longtemps mais qui semblent avoir été découvertes depuis que Steve Jobbs a fait son petit show sur l’iPad).
Plus besoin de puissance : de nouvelles offres émergent, permettant de jouer à n’importe quel jeu sur n’importe quel ordinateur tant qu’il a une bonne connexion internet. C’est ce que compte proposer OnLive, en faisant tourner les jeux sur leurs bécanes de course, et en envoyant les images en streaming (avec la HD, pas de problème) à l’utilisateur, qui peut donc se permettre d’avoir un CPU datant de la guerre de 14.
Et côté puissance, ça fait bien longtemps de toute façon que l’utilisateur lambda n’a plus besoin de rien : les PC des années 90 pouvaient faire de la bureautique, des mails, lire des vidéos et écouter des mp3, et franchement, la proportion d’utilisateurs ayant besoin de « plus » est marginale, et largement contentée par les offres déjà existantes. Quand les smartphones actuels sont plus puissants que les consoles de salon de l’an 2000…
Alors avec tout ça, où on va ? La course à la puissance est révolue. Nouveaux formats, nouveaux standards, utilisation plus mobile et plus universelle. A quand les datajacks et la RA ? (Quoique maintenant que j’en parle, j’ai souvenir d’avoir vu des applications RA pour iPhone, avec détection des magasins etc) Sachant que l’évolution en matière informatique est de plus en plus rapide (souvenez vous, il y a 10-12 ans, quand pratiquement personne n’avait internet…), la science fiction est peut-être moins éloignée qu’on ne le pense.
Petite réponse sur « De l’humain »
21/02/10
Vous vous souvenez de cet article ?
J’aime bien, car en regardant le blog comme ça, on se dit que personne ne passe vu que personne ne commente. Pourtant, des commentaires, j’en ai, mais par mail, SMS, de vive voix, etc. Trop timides, trop de conflits ? Peu importe, moi ça me va, de toute façon, je n’écris pas pour la course aux commentaires ni aux pages vues, mais par plaisir et envie (et puis je me dis que ça sert peut être à quelqu’un, quelque part, et qu’au pire, mettre les choses par écrit m’évite de les avoir dans la tête).
Bref, on m’a dit que je balançais beaucoup d’évidences, mais qu’à côté, on n’était pas trop d’accord pour autant : bien sûr qu’on peut rester proche de certaines personnes malgré le temps qui passe. Je ne dis pas le contraire, d’ailleurs. Clarifions ce que j’ai voulu dire.
Je vois deux cas à distinguer quand on garde quelqu’un dans sa vie :
- Soit on est resté en contact avec la personne, et on a donc partagé avec elles les évènements qui auraient pu nous faire changer. En partageant cette charge, on a pu en parler, et se « mettre à jour » au fur et à mesure que les évènements survenaient, au point de garder le même regard, ou au moins de comprendre et admettre la position de l’autre. C’est notamment le cas quand on partage le même cursus, les mêmes professeurs, etc : si on était proches au départ, on a de fortes chances de garder nos repères puisqu’ils sont soumis aux mêmes intempéries chez les deux personnes. Bien sûr, on n’est pas forcé de tout interpréter de la même façon, mais il y a déjà de plus fortes chances que ça se produise. Et ce n’est pas non plus parce qu’on partage les mêmes bancs qu’on verra les choses de la même façon.
Je soulignais surtout la difficulté qu’il peut y avoir à faire survivre une compréhension mutuelle quand les deux partent dans des directions divergentes, et ne partagent plus rien par la force des choses, mais seulement par choix (vous savez, ces personnes qu’on ne verrait pas si on n’avait pas décidé qu’on avait envie de les voir).
- Soit on décide que la personne mérite qu’on s’y accroche, parce qu’on la connait depuis longtemps (enfance commune, souvenirs forts…), ou parce qu’on l’apprécie et qu’on veut que ça dure. Mais il y aura toujours des différences, des incompréhensions, et c’est notre volonté qui nous permet de les surmonter. On peut avoir l’impression de le faire naturellement, mais ça n’a rien de naturel : il y a un choix derrière, celui de préserver une relation malgré les divergences. Si ce choix semble naturel, c’est parce qu’il est sociétalement le plus encouragé, celui qui est le plus présenté comme une norme. Mais il s’agit malgré tout d’un choix volontaire, car des points de vue identique sur tout, ça n’existe pas.
On me reproche également le manque d’exemples concrets. Les exemples enferment le propos, l’enracinent. Je préfère me dire que chacun verra ce qu’il aura envie de voir, et en tirera ses propres conclusions. Je n’écris pas pour imposer mes vues : j’écris parce que ces mots ont un sens pour moi, et j’aime savoir que chacun pourra rattacher ça à son propre vécu, même si c’est pour ne pas être d’accord.
On a regretté le manque d’approfondissement, d’exhaustivité. Ma foi, je le reconnais sans honte : écrire ces articles me prend déjà pas mal de temps, et je n’ai pas envie d’y consacrer ma vie. Ce sont des bribes de pensées, et là encore, le but est surtout de lancer une piste, plutôt que de baliser un chemin. Il n’y aurait aucun intérêt à dresser une encyclopédie de la condition humaine, et je n’en ai pas les capacités, de toute façon : je n’ai que mon point de vue à moi, et si je peux essayer de comprendre celui d’autrui, ça ne restera que « le point de vue d’autrui tel que compris par moi ». Alors au diable l’exhaustivité ! Il y a sans doute déjà bien des livres sur la question, bien des auteurs et philosophes qui se sont intéressés de savoir comment les êtres humains interagissent les uns avec les autres. Je ne vais pas faire le tour de la question en un article de blog (à moins d’en écrire un tous les ans, et encore).
Donc tant pis, je préfère m’en tenir à un propos plus léger. Je ne sais d’ailleurs pas trop si le but était vraiment le fond ou la forme. Toujours est-il qu’il s’agit surtout d’écrire au fil de la plume, sans trop me prendre la tête.
Vulnerant omnes, ultima necat
21/02/10
Comme d’habitude, l’originale juste pour rire. Et donc oui, le vignettage est volontaire.
Cette petite locution veut dire « toutes blessent, la dernière tue », et fait référence aux heures qui passent. Je n’ai pas picolé de bon matin, mais après avoir vu le dernier épisode de la saison 6 de NCIS, et suivi le cours de mes pensées jusqu’à ma première partie de Vermine (non, moi non plus je ne vois plus le rapport à l’heure actuelle), j’ai repensé à d’houleux débats sur la notion même de temps.
Petit préambule : j’ai lu un peu de Sénèque hier, et ça m’a rappelé que la notion de philosophie a évolué au fil des siècles. Si aujourd’hui, c’est un amas de babillages essentiellement centrés sur la morale, la philosophie dans l’antiquité était perçue comme un ensemble de disciplines, un prisme global au travers duquel on regardait ce qui se passait autour. Elle regroupait en son giron tant l’éthique que la physique ou la religion, permettant ainsi une cohérence dans son approche. C’est d’ailleurs sans doute à cause de sa segmentation que la philosophie peine à se renouveler à présent, mais là n’est pas le propos. Bref, là où je voulais en venir : s’il existe une physique académique toujours en évolution, certains de ses concepts peuvent être vus de plusieurs façons et donner plusieurs approches générales ayant des répercussions dans bien d’autres domaines. (On notera que mon propos frôle l’hérésie pour certains, loin de moi l’idée de mélanger morale et science, ou de prétendre révolutionner quoique ce soit : il est question d’une approche pragmatique des choses, et c’est tout)
On a pour habitude de considérer le temps comme linéaire, une suite d’évènements partant d’un point A pour aller à un autre point B. C’est commode, comme si chaque instant T laissait une trainée qu’on pourrait éventuellement remonter un jour, ou rembobiner comme une cassette. Il existe une réalité claire et définie qui s’imprime universellement de manière indélébile.
D’autres envisagent le temps de manière plus cyclique, soit en estimant que de grands mouvements se répètent au sein de cette trame linéaire (flux, reflux ; inspiration, expiration ; guerre, paix ; crise économique, période faste…), soit à plus grande échelle (l’univers revivrait toujours les mêmes évènements, à la manière d’un disque qui jouerait toujours la même chanson à chaque fois que l’on replacerait la tête de lecture sur sa bordure extérieure, et qu’au final, au sein de notre vie, tout est déjà déterminé car déjà vécu, ou ne tolérant que de faibles variations).
Une troisième approche, qui a ma préférence et que je m’en vais défendre, est que le temps n’existe pas en tant que notion physique, et n’est qu’une commodité sociale ou un instrument de laboratoire. Et qu’à ce titre, seul le présent existe (je ne dis pas que seul le présent compte, carpe diem tout ça). On définit une seconde comme « la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins F=3 et F=4 de l’état fondamental 6S½ de l’atome de césium 133″. Nous voilà bien avancés… Le temps est surtout utile pour mesurer des vitesses (et permet de déduire des fréquences, la vitesse d’objets ou de réactions chimiques). Toutes ces données sont pourtant variables, selon le milieu : selon la densité, les concentrations… Le temps est une facilité pour mesurer dans un environnement donné.
Mais si on prend l’exemple du vieillissement cellulaire, ce n’est pas l’action du temps qui fait son office, mais seulement une suite de réactions conditionnées par le milieu. Certains éléments accélèrent ce vieillissement, d’autres le ralentissent… L’intérêt de la notion de temps, c’est que malgré tout, il nous donne des points de repère suffisamment stables pour anticiper, pour prévoir ce qui va se passer suite à tel ou tel élément.
C’est bien joli tout ça, mais à quoi ça nous avance de dire que le temps n’existe pas puisqu’il est malgré tout indispensable de le mesurer ?
L’intérêt peut se voir à deux niveaux :
- Si seul l’instant présent existe, le passé n’existe pas objectivement. Notre cerveau enregistre les évènements qui se sont produits, mais il ne peut enregistrer que ce qu’il a perçu, que ce qu’il a jugé pertinent. Sur un même évènement passé, chaque personne aura retenu les évènements à sa manière. Nos souvenirs découlent de nos interprétations. Pis encore, nous conservons les souvenirs de manière subjective, et ce stockage est loin d’être aussi intangible qu’on se plait à le penser. Tous les neurologues vous le diront : rien n’est moins fiable que la mémoire (à part la SNCF)
En bref, le passé est subjectif, et il ne sert à rien de s’engueuler avec les gens à propos de ce passé, à moins de penser qu’il puisse avoir des conséquences sur l’avenir.
Si un évènement nous a affecté, il ne faut pas se vexer si d’autres personnes l’ont vécu différemment, ou s’ils l’ont oublié alors qu’on le pensait essentiel. Il faut savoir si cet évènement est représentatif d’un comportement plus général, et s’il peut être important de mettre les choses au clair avec une personne, il ne sert à rien de débattre à l’infini. Ce qu’on aura dit pourra faire prendre conscience à l’autre de certaines choses et il décidera de changer par lui-même et pour l’avenir. Ou pas.
Il est important de comprendre le passé, je ne dis pas le contraire, notamment pour comprendre ses erreurs. Mais il ne sert à rien de s’y enfoncer.
- Si seul l’instant présent existe, le futur n’existe pas. Evidemment, il est essentiel de l’anticiper aussi, et d’investir aujourd’hui pour améliorer son propre avenir. Mais si l’on peut essayer de faire au mieux pour soi, dans la plupart des domaines, d’autres facteurs entrent en ligne de compte, et il est inutile de vouloir tout prévoir. Le propre de l’avenir est d’être changeant. On peut isoler certains éléments dans un environnement stérile de laboratoire, pour analyser des données, mais en gardant en tête que de toute façon, la réalité nous surprendra (et d’ailleurs comme me le disait récemment quelqu’un : « laisse une chance à l’avenir de te surprendre, c’est ce que tu as de mieux à faire pour l’instant. »).
Mais surtout, si le temps n’existe pas, alors le temps ne guérit rien par lui-même. Dans une réaction chimique entre un point A et un point B, il existe une infinité de micro-étapes intermédiaires, et l’on passe de l’une à la suivante à une vitesse donnée (pas forcément constante, d’ailleurs). Mais il n’y a pas de limite biologique pour changer. Passer du rire aux larmes et inversement est avant tout une question de choix qui n’est pas conditionné par un déterminisme physique. On peut avoir besoin des étapes intermédiaires pour assurer une transition stable, mais au final, le temps en lui-même ne change rien.
Ca n’empêche pas que certains contextes puissent être favorables ou défavorables à certaines réactions : on ne peut pas faire n’importe quoi n’importe quand.
- Mais que penser alors du présent ? Instantané coincé entre deux gouffres, il est difficile de le voir comme quelque chose de stable. D’autant qu’il n’est pas si différent du passé : il est lui aussi très subjectif. D’ailleurs, le temps de réfléchir à une situation présente, elle est déjà rejetée au passé, non ?
Ok, je reconnais que ces considérations sur l’absence d’objectivité de la réalité ont peut être été lééégèrement influencées par les dizaines de romans de Philip K Dick que je me suis englouti à certaines périodes de ma vie.
Je pense que c’est utile pour comprendre pourquoi je sens parfois un certain manque de « structure ». Mais ça présente aussi ses avantages.
PS/ L’intérêt de cet article ? Probablement aucun. On me dira que j’enfonce des portes ouvertes, ou que ces réflexions sont trop déconnectées de la réalité, manquent d’exemple, etc. Moi, je trouve que ça remet les bases en place. Et il y a des moments où il est bon de retrouver les bases pour pouvoir construire par dessus ensuite.
La Citadelle des cauchemars (de la mort qui tue)
19/02/10
Je profite de l’article sur le film Sherlock Holmes pour écrire rapidement un petit truc sur La citadelle des cauchemars de la mort qui tue (son titre complet, par pur foutage de gueule).
Vous allez me dire que vous ne voyez pas le rapport, il est simple : il y a Sir Arthur Conan Doyle dedans, le papa de Sherlock.
Bon avant toute chose, il faut savoir que c’est un « livre pour enfants », qui se lit en une heure ou deux. Cependant, si vous avez déjà lu des livres « jeunesse » de Christian Lehmann, vous devez savoir que bien qu’ils soient accessibles aux « jeunes », ils n’en restent pas moins intéressant pour les adultes. J’avais lu No Pasarán, le jeu en primaire, et Tant pis pour le Sud un peu plus tard. Sans aller jusqu’à dire que c’est avec ce dernier que je me suis intéressé au jeu de rôles (c’était plutôt l’inverse, d’ailleurs, j’ai acheté le livre parce qu’il en parlait et que ça m’attirait déjà beaucoup à l’époque), je dois reconnaître qu’il a contribué à l’envie que j’ai eu de m’y atteler. En repensant à Christopher Pike l’autre jour, j’ai repensé aux livres qui m’avaient marqué plus jeune, et j’ai voulu jeter un oeil à ce que Christian Lehmann avait produit d’autre. Intrigué par La Citadelle des cauchemars, et sachant qu’il ne me prendrait pas longtemps, je l’ai commandé, reçu, et lu rapidement.
Il est question de la passion de l’écriture, de l’intérêt des histoires qui font peur, et surtout, une descente en flamme des écrivains qui prennent la plume sans conviction et produisent des oeuvres aseptisées. La cible principale est un certain D.L. Stern, auteur phare de la collection fictive « Sueur froide »…
Je ne partage pas ce lynchage, même si tout ce qui concerne l’envie d’écrire et la nécessité de faire vivre « la Citadelle » titille un peu ma plume.
Il est question d’un jeune garçon qui vient de perdre son grand-père, et qui est pris de cauchemars. Il va alors découvrir qu’il a été choisi pour raviver la Citadelle, lieu où se réunissent les auteurs de fantastique (dont Bram Stoker, Lovecraft, Conan Doyle, …). Se dégage une légère réflexion sur pourquoi écrire (faire émerger une histoire, sans se soucier de plaire à tout le monde, sans rechercher gloire ni richesse), sur la nécessité de rêver et faire rêver, et sur la peur de ne pas rencontrer ses lecteurs. Tout ça sans réelle profondeur malheureusement.
L’autre aspect est la rencontre entre R.L. Stine D.L. Stern et le narrateur. Ce dernier reproche au scribouillard adulé de ses camarades le plagiat des autres auteurs, la culture de consommation, les ficelles utilisées pour pondre bestseller sur bestseller… Un peu trop revanchard à mon sens, d’autant que pour ma part, si j’ai commencé par les « Chair de Poule », ça ne m’a pas empêché de m’orienter plus tard vers des choses plus conséquentes (Mc Gee, Poe, Rice, King, Lovecraft… Puis de me tourner vers la SF, mais c’est une autre histoire). Certes, beaucoup trop se sont arrêtés à ce fantastique de seconde main, mais auraient-ils de toute façon eu l’audace de se tourner vers les grands auteurs du genre, ou ne se seraient-ils de toute façon jamais mis à lire ? Et moi-même, sans cette première étape, aurais-je franchi le cap pour aller vers des oeuvres moins superficielles, alors que je n’avais personne pour m’orienter ?
Il est vrai qu’à cause d’auteurs comme R.L. Stine, le bestiaire du fantastique a été cruellement désacralisé, et il n’y a pas de prestige à parler du chien des Baskerville tant on remplace par l’iconographie moderne, fluo et clinquante. L’épouvante y a laissé ses marques de noblesse, et s’est retrouvée assimilée à une période de l’enfance / adolescence, là où les grands auteurs visaient d’autres adultes.
Mais dans une époque où ce dont on ne parle pas disparaît, il est peut être préférable d’être confronté à une pléthore de figures du fantastique aseptisées plutôt qu’à un seul et unique modèle de sorcier sur son balai, ou une jeune fille hésitant entre le vampire ou le loup-garou du coin. Je préfère avoir eu plusieurs petites portes ouvertes, qui m’ont déjà donné les bases, pour mieux me les approprier ensuite.
Il y a eu une période de ma vie où je lisais vraiment beaucoup, mais sans personne pour me conseiller : je prenais un peu ce que je trouvais, et ce n’est que plus tard que m’est venu l’envie d’approfondir, en reconnaissant des sujets que j’avais déjà esquissé une première fois. J’ai pris mes distances avec la lecture quand le lycée a voulu me mettre de force à la lecture d’auteurs ronflants considérés comme classiques. Je regrette d’avoir perdu le goût des Bradburry ou Huxley à cause des Jean Paul Sartre (oh, qui n’ont pas écrit QUE de mauvaises choses, évidemment ! Mais qui m’intéressaient moins). Je n’ai jamais trop compris cette volonté de décréter qu’il y avait une saine littérature, noble et réaliste, et que tout ce qui sortait de cette route sacrée était bon à jeter. Poe manquait de qualités littéraires, vraiment ? Tous les goûts sont dans la nature, et si la richesse du langage est une mesure quantifiable, si l’originalité de l’intrigue est objective, qui ose se placer en arbitre des élégances, dresser une liste des auteurs à lire et médire de tous les autres ?
J’ai commencé par le fantastique, par effet de mode puis par goût. De Lovecraft, j’ai glissé à Agatha Christie. Puis j’ai voulu trancher, et je suis parti sur les rayons de science fiction, plus à cause de l’organisation de Decitre que par une vraie réflexion… Et mes profs de français ont dressé une liste de livres à lire impérativement, car il fallait aider ma génération à se tourner vers la lecture. Ils m’en ont détourné. C’est là que j’ai arrêté, par dégoût. Parcourir La citadelle des cauchemars m’a redonné envie de plonger dans quelques romans, et peut être de prendre le temps d’écrire à nouveau (à la base, je pensais que me mettre au jeu de rôles me permettrait d’aller un cran au dessus, en pouvant carrément faire vivre mes histoires, mais j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait en fait d’un autre mode de narration, avec des codes totalement différents, et que si les deux permettaient à des histoires de naître, ils n’avaient pas d’autres points communs).
Désolé pour le côté décousu, vous devrez faire avec de toute façon.
Interlude en flocons
15/02/10
J’ai conscience de ne pas être toujours facile à décrypter. Il y a pour ça une première raison, qui n’est peut-être pas la plus significative, mais qui pose une limite qui fausse tout le reste : je suis fondamentalement optimiste.
Il y a des gens qui vivent uniquement dans le passé. Qu’on ne s’y trompe pas : nous en avons tous un, et on y attache plus ou moins d’importance. Particulièrement quand le présent est insatisfaisant, par nostalgie, mais aussi plus simplement parce qu’on est la somme de ce qu’on a été et de ce qu’on aspire à devenir.
Cependant, certaines personnes ne vivent que dans les souvenirs, et passent leur vie à regretter les étincelles ou les blessures des temps jadis. Je ne pense pas être tourné vers le passé, du moins pas dans ce sens. Pour une raison simple : je n’ai pas un passé qui se regrette. Trop d’épines sur cette rose.
Il y a des gens qui ne vivent que pour le présent. On les appelle souvent à tort des épicuriens (ma vieille marotte). Cueille, cueille le jour présent… Peu importe où nos décisions doivent nous mener, faisons ce qui est bon pour maintenant.
Je suis bien trop angoissé pour en être. Comment prendre les choses légèrement si on ne sait pas où elles mènent ? Et encore, avec le temps et Epictète, je me suis mis dans la tête que parfois trop d’éléments étaient à prendre en compte pour savoir où mènerait une décision, et qu’entre deux voies, il était impossible de savoir laquelle était la meilleure, et que le plus sûr chemin était de se laisser porter par l’intuition. Entre des « indifférents » (au sens stoïcien, « qui ne dépend pas de nous », en gros), faire confiance au ressenti et non à la raison.
Reste les gens qui vivent dans le futur. Encore qu’il faudrait plutôt parler de conditionnel, dans la mesure où il ne s’agit que de potentialités. C’est là que j’aime vivre, ou au moins me promener : le champ des possibles. La réalisation d’une possibilité m’intéresse bien moins que son existence. Se déterminer revient trop souvent à s’enfermer.
Mais plus encore : peu importe la situation actuelle dans laquelle je me trouve, je veux toujours croire en un ailleurs, en un plus tard, en un meilleur. Je suis convaincu que les choses iront toujours en s’améliorant, sans doute parce que c’est ainsi qu’a été la trajectoire de ma vie jusqu’à maintenant. Oh, bien sûr, pas à tous les niveaux en même temps, mais de manière beaucoup plus globale. Je pense que comme Desproges, je grandirai en appréciant de plus en plus le cours de ma vie.
Pour en revenir au propos initial : comme je garde toujours en tête que demain sera plus radieux qu’aujourd’hui, je ne laisse que rarement entrer le vrai désespoir dans la vie, celui qui nous fait pourrir avant l’âge. Même triste, ce que je renvoie est pondéré par la certitude que tout rentrera dans l’ordre (ce qui peut sembler un paradoxe insoluble, c’est que je suis aussi convaincu que tout disparaitra, le vent l’emportera… Ça, c’est pour le côté désabusé, qui sait que la vie est souvent absurde).
Au final, que reste-t-il ? (Un carambar à ceux qui sauront d’où je tire cette formule, car il y a un grand parallèle avec le sujet qui nous occupe ici)
Que pour bien me comprendre, il faut savoir que la vie est pour moi un absolu qui me laisse béat par le seul fait « qu’il y ait quelque chose plutôt que rien », mais en même temps une vaste comédie cynique dont on ne réchappera pas. Un tohu-bohu aussi risible que purement admirable. Je me bats pour l’avenir, tout en sachant qu’il ne mènera à rien. Rien de fondamental à l’échelle cosmique en tout cas. Mais je crois que j’y reviendrai dans un autre article, si possible moins embrouillé !
De l’humain : chapitre 1
9/02/10
Petit sondage en passant : les images de titre, ça vous tente ou pas ? Je le faisais il y a fort fort longtemps, ça peut prendre un peu de temps, mais ça donne envie de lire, je trouve. Commentaires par MP / mail / MSN / etc autorisés. Pour ceux que ça intéresse, l’image avant modification : par là. Oui, et un jour je pourrais faire autre chose que des « pictures unrelated », hum.
Avant propos : petite série de textes écrits au fil de la plume, il n’y a pas vraiment d’intérêt fondamental à ce que vous allez lire. Pas de message divin caché, pas de grande vérité, juste des portes ouvertes que j’ai envie d’enfoncer parce qu’il me semble opportun de le faire. Pardonnez donc dès à présent l’inanité du propos, et laissez-vous juste porter par la musique.
Chapitre 1 : sachons vivre sans emmerder les voisins
Malgré un titre pompeux, je ne vais pas me lancer dans la théorie générale de l’espèce humaine, de l’aube des temps à l’invention du gonzo (oui oui, toujours pour emmerder Google… Enfin au passage, je note que mon lectorat trouve ce blog principalement par les mots clés « Zerach blog » et « Zerach ubik », comme quoi c’est bien moi qu’on cherche ! Ca fait plaisir car il y a de plus en plus de lecteurs anonymes).
Non, ce sont plutôt des petites pensées entre l’apéro et les makis, pour passer le temps et clore une journée riche en dialogues. Evitons néanmoins de trop ancrer cet article dans son contexte : il a une vocation plus générale et abstraite (je crois que le droit pollue mes expressions).
Bref, il y a des jours où je me demande si la vie est si compliquée qu’on veut nous le faire croire. Que nous soyons des êtres complexes, mus par des réseaux tortueux, des enchevêtrements innés et acquis de réactions sociales, influencés par des facteurs psychologiques, notre passé, notre présent et nos désirs… Je veux bien. Mais en dehors de ça, on a surtout des pyramides de besoins simples à remplir : manger, boire, dormir, se protéger (de la chaleur, du froid, de la pluie, de tout ce qui nous cause du mal)… A ce socle commun (qu’on a plus ou moins tous satisfait dans nos contrées bétonnées), on rajoute des branches éparses : l’amour (très populaire, très vendeur), le sexe, le confort, l’art, la géographie, les collections de pogs… Plus on avance, et plus on s’oriente vers le superfétatoire, et on masque nos désirs profonds sous des couches glacées de faux semblants.
Un petit retour aux bases de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Si ça n’engage à rien dans certains domaines (les moins importants), dès qu’on touche à l’humain, ça devient le bordel. On trimballe tous notre lot d’inhibitions, de craintes irraisonnées, de désirs tus, mais surtout, on a conscience que chacun a les siens, qui nous sont propres mais qui existent pourtant. Alors on n’ose plus rien dire, de peur que ce soit mal perçu, de peur de blesser, de peur de ne pas être compris, de peur d’être trop compris.
Si du jour au lendemain tout le monde décidait de se dire les choses avec franchise, comme elles viennent et sans artifice, on pourrait peut être avancer plus harmonieusement. Mais il faut reconnaitre qu’il n’est pas tout à fait socialement correct d’arriver devant quelqu’un et de lui lancer : « Tu m’intéresses physiquement. On baise ? ». Je reconnais que j’ai toujours été touché par les personnes qui ne s’encombrent pas d’ambages : on sait à quoi s’en tenir, et faire fi du regard d’autrui à ce point là a quelque chose de courageux en vérité. Mais ce n’est pas du gout de tous.
D’un autre côté, pour éviter les anicroches, il faudrait psychanalyser chaque personne avec qui on compte interagir socialement. Et ça ne me semble pas tout à fait possible non plus. Rien que pour aller acheter son pain et être sûr de ne pas offenser le boulanger…
D’où cette solution médiane, qui consiste à tenter d’anticiper la réaction d’autrui, en restant dans une norme sociale non choquante, et à lever le voile quand une intimité commence à se dégager, mystérieuse alchimie entre les êtres, qui peut prendre une seconde ou une éternité, voire ne jamais émerger. Mais eh, nul n’est parfait, et on lit toujours autrui avec notre propre grille de lecture. D’où les incompréhensions inévitables, les malentendus, les divergences de systèmes de valeur… On ne peut que se passer à côté continuellement, les uns les autres, et il faut apprendre à clarifier les situations si on envisage de continuer à fréquenter une personne donnée.
Parfois, on finit par jeter l’éponge, on baisse les armes : trop de distance entre deux chemins, et chacun reprend sa route.
J’ai beaucoup de mal à concevoir les amitiés de toute une vie, à moins de ne pas changer, de rester deux rocs insubmersibles dans le flot des ans, à se contempler mutuellement. Mais l’immobilisme, c’est la mort, non ? Comment devenir ce qu’on est si on arrête de s’actualiser ? Il me semble improbable d’arriver à garder suffisamment de repères pour rester proches sur le long terme, à moins de vraiment vouloir déployer l’énergie nécessaire pour continuer à se lire au travers du masque changeant qu’on arbore. C’est possible, mais ce n’est ni facile, ni évident : c’est un effort perpétuel pour actualiser le langage commun qu’on entretient avec cet alter, et sans une volonté réciproque, point de salut.
La plupart des gens ne sont pas prêts à cet effort. D’ailleurs, on l’est soit-même rarement, sauf à l’égard de quelques personnes particulières, qui ne le sont que parce que le hasard les a bringuebalées sur notre route à un moment propice qui a permis une véritable rencontre. D’un pur aléa, on doit ensuite faire le choix de s’investir dans une relation. Cette élection intellectuelle me fascine, personnellement. Qu’est ce qui fait qu’une personne va prendre une place à part dans notre vie, au point qu’on sera d’accord pour en prendre plein la gueule juste pour la garder dans notre cercle de compréhension, pour continuer à partager avec elle ?
Il y a autant de réponses que de liens interpersonnels. Mais encore faut-il avoir conscience qu’une amitié, un amour, ça ne se garde qu’au prix d’une réelle volonté de surmonter ce qui ne manquera pas de nous dissocier.




