Textes

From Zerach

He wishes for the cloths of heaven

Had I the heavens’ embroidered cloths,
Enwrought with the golden and silver light,
The blue and the dim and the dark cloths
Of night and light and half-light,
I would spread the cloths under your feet
But I, being poor, have only my dreams;
I have spread my dreams beneath your feet;
Tread softly because you tread on my dreams…

William Butler Yeats

(Que l’on pourrait traduire, de manière plutôt littérale et donc pas toujours aussi poétique :

Puissé-je avoir les étoffes brodées du paradis,
Mêlés de lumière d’or et d’argent,
Le bleu et le sombre et le noir tissu
De la nuit et du jour et de l’entre deux,
Je déroulerais cette étoffe sous tes pas
Mais, étant pauvre, je n’ai que mes rêves ;
J’ai étendu mes rêves en dessous de tes pas ;
Marche doucement car tu marches sur mes rêves…

William Butler Yeats)

NB/ Traduction faite par mes soins, donc si vous voulez l’utiliser pas de problème, mais mentionnez-moi quelque part. Les versions trouvées ailleurs sur le net sont très éloignées du texte originel, même si certaines sont du coup plus harmonieuses.

Quand l'ombre

Quand l’ombre menaça…

Quand l’Ombre menaça de la fatale loi,
Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,
Affligé de périr sous les plafonds funèbres
Il a ployé son aile indubitable en moi.

Luxe, ô salle d’ébène où, pour séduire un roi
Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,
Vous n’êtes qu’un orgueil menti par les ténèbres
Aux yeux du solitaire ébloui de sa foi

Oui, je sais qu’au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d’un grand éclat l’insolite mystère
Sous les siècles hideux qui l’obscurcissent moins.

L’espace à soi pareil qu’il s’accroisse ou se nie
Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins
Que c’est d’un astre en fête allumé le génie.

Stéphane Mallarmé

J’avais le dernier vers en tête, fallait juste que je pose ça quelque part.

Maintenant je pardonne à la douce fureur...

Maintenant je pardonne…

Maintenant je pardonne à la douce fureur
Qui m’a fait consumer le meilleur de mon âge,
Sans tirer autre fruit de mon ingrat ouvrage
Que le vain passe-temps d’une si longue erreur.

Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur,
Puisque seul il endort le souci qui m’outrage,
Et puisque seul il fait qu’au milieu de l’orage,
Ainsi qu’auparavant, je ne tremble de peur.

Si les vers ont été l’abus de ma jeunesse,
Les vers seront aussi l’appui de ma vieillesse,
S’ils furent ma folie, ils seront ma raison,

S’ils furent ma blessure, ils seront mon Achille,
S’ils furent mon venin, le scorpion utile
Qui sera de mon mal la seule guérison.

Joachim Du Bellay

Article « very related » avec le précédent.

Mais ça fait du bien de replonger un peu dans ces vieux vers. Je me suis remis à Noailles, Mallarmé, Sponde, Corbière, etc. C’est plaisant de retrouver quelques piliers solides qui écartent la fièvre de ces derniers temps.

Et puis ça confirme qu’on ne se refait pas…