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La Citadelle des cauchemars (de la mort qui tue)
19/02/10
Je profite de l’article sur le film Sherlock Holmes pour écrire rapidement un petit truc sur La citadelle des cauchemars de la mort qui tue (son titre complet, par pur foutage de gueule).
Vous allez me dire que vous ne voyez pas le rapport, il est simple : il y a Sir Arthur Conan Doyle dedans, le papa de Sherlock.
Bon avant toute chose, il faut savoir que c’est un « livre pour enfants », qui se lit en une heure ou deux. Cependant, si vous avez déjà lu des livres « jeunesse » de Christian Lehmann, vous devez savoir que bien qu’ils soient accessibles aux « jeunes », ils n’en restent pas moins intéressant pour les adultes. J’avais lu No Pasarán, le jeu en primaire, et Tant pis pour le Sud un peu plus tard. Sans aller jusqu’à dire que c’est avec ce dernier que je me suis intéressé au jeu de rôles (c’était plutôt l’inverse, d’ailleurs, j’ai acheté le livre parce qu’il en parlait et que ça m’attirait déjà beaucoup à l’époque), je dois reconnaître qu’il a contribué à l’envie que j’ai eu de m’y atteler. En repensant à Christopher Pike l’autre jour, j’ai repensé aux livres qui m’avaient marqué plus jeune, et j’ai voulu jeter un oeil à ce que Christian Lehmann avait produit d’autre. Intrigué par La Citadelle des cauchemars, et sachant qu’il ne me prendrait pas longtemps, je l’ai commandé, reçu, et lu rapidement.
Il est question de la passion de l’écriture, de l’intérêt des histoires qui font peur, et surtout, une descente en flamme des écrivains qui prennent la plume sans conviction et produisent des oeuvres aseptisées. La cible principale est un certain D.L. Stern, auteur phare de la collection fictive « Sueur froide »…
Je ne partage pas ce lynchage, même si tout ce qui concerne l’envie d’écrire et la nécessité de faire vivre « la Citadelle » titille un peu ma plume.
Il est question d’un jeune garçon qui vient de perdre son grand-père, et qui est pris de cauchemars. Il va alors découvrir qu’il a été choisi pour raviver la Citadelle, lieu où se réunissent les auteurs de fantastique (dont Bram Stoker, Lovecraft, Conan Doyle, …). Se dégage une légère réflexion sur pourquoi écrire (faire émerger une histoire, sans se soucier de plaire à tout le monde, sans rechercher gloire ni richesse), sur la nécessité de rêver et faire rêver, et sur la peur de ne pas rencontrer ses lecteurs. Tout ça sans réelle profondeur malheureusement.
L’autre aspect est la rencontre entre R.L. Stine D.L. Stern et le narrateur. Ce dernier reproche au scribouillard adulé de ses camarades le plagiat des autres auteurs, la culture de consommation, les ficelles utilisées pour pondre bestseller sur bestseller… Un peu trop revanchard à mon sens, d’autant que pour ma part, si j’ai commencé par les « Chair de Poule », ça ne m’a pas empêché de m’orienter plus tard vers des choses plus conséquentes (Mc Gee, Poe, Rice, King, Lovecraft… Puis de me tourner vers la SF, mais c’est une autre histoire). Certes, beaucoup trop se sont arrêtés à ce fantastique de seconde main, mais auraient-ils de toute façon eu l’audace de se tourner vers les grands auteurs du genre, ou ne se seraient-ils de toute façon jamais mis à lire ? Et moi-même, sans cette première étape, aurais-je franchi le cap pour aller vers des oeuvres moins superficielles, alors que je n’avais personne pour m’orienter ?
Il est vrai qu’à cause d’auteurs comme R.L. Stine, le bestiaire du fantastique a été cruellement désacralisé, et il n’y a pas de prestige à parler du chien des Baskerville tant on remplace par l’iconographie moderne, fluo et clinquante. L’épouvante y a laissé ses marques de noblesse, et s’est retrouvée assimilée à une période de l’enfance / adolescence, là où les grands auteurs visaient d’autres adultes.
Mais dans une époque où ce dont on ne parle pas disparaît, il est peut être préférable d’être confronté à une pléthore de figures du fantastique aseptisées plutôt qu’à un seul et unique modèle de sorcier sur son balai, ou une jeune fille hésitant entre le vampire ou le loup-garou du coin. Je préfère avoir eu plusieurs petites portes ouvertes, qui m’ont déjà donné les bases, pour mieux me les approprier ensuite.
Il y a eu une période de ma vie où je lisais vraiment beaucoup, mais sans personne pour me conseiller : je prenais un peu ce que je trouvais, et ce n’est que plus tard que m’est venu l’envie d’approfondir, en reconnaissant des sujets que j’avais déjà esquissé une première fois. J’ai pris mes distances avec la lecture quand le lycée a voulu me mettre de force à la lecture d’auteurs ronflants considérés comme classiques. Je regrette d’avoir perdu le goût des Bradburry ou Huxley à cause des Jean Paul Sartre (oh, qui n’ont pas écrit QUE de mauvaises choses, évidemment ! Mais qui m’intéressaient moins). Je n’ai jamais trop compris cette volonté de décréter qu’il y avait une saine littérature, noble et réaliste, et que tout ce qui sortait de cette route sacrée était bon à jeter. Poe manquait de qualités littéraires, vraiment ? Tous les goûts sont dans la nature, et si la richesse du langage est une mesure quantifiable, si l’originalité de l’intrigue est objective, qui ose se placer en arbitre des élégances, dresser une liste des auteurs à lire et médire de tous les autres ?
J’ai commencé par le fantastique, par effet de mode puis par goût. De Lovecraft, j’ai glissé à Agatha Christie. Puis j’ai voulu trancher, et je suis parti sur les rayons de science fiction, plus à cause de l’organisation de Decitre que par une vraie réflexion… Et mes profs de français ont dressé une liste de livres à lire impérativement, car il fallait aider ma génération à se tourner vers la lecture. Ils m’en ont détourné. C’est là que j’ai arrêté, par dégoût. Parcourir La citadelle des cauchemars m’a redonné envie de plonger dans quelques romans, et peut être de prendre le temps d’écrire à nouveau (à la base, je pensais que me mettre au jeu de rôles me permettrait d’aller un cran au dessus, en pouvant carrément faire vivre mes histoires, mais j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait en fait d’un autre mode de narration, avec des codes totalement différents, et que si les deux permettaient à des histoires de naître, ils n’avaient pas d’autres points communs).
Désolé pour le côté décousu, vous devrez faire avec de toute façon.
