De l’humain : chapitre 1
Petit sondage en passant : les images de titre, ça vous tente ou pas ? Je le faisais il y a fort fort longtemps, ça peut prendre un peu de temps, mais ça donne envie de lire, je trouve. Commentaires par MP / mail / MSN / etc autorisés. Pour ceux que ça intéresse, l’image avant modification : par là. Oui, et un jour je pourrais faire autre chose que des « pictures unrelated », hum.
Avant propos : petite série de textes écrits au fil de la plume, il n’y a pas vraiment d’intérêt fondamental à ce que vous allez lire. Pas de message divin caché, pas de grande vérité, juste des portes ouvertes que j’ai envie d’enfoncer parce qu’il me semble opportun de le faire. Pardonnez donc dès à présent l’inanité du propos, et laissez-vous juste porter par la musique.
Chapitre 1 : sachons vivre sans emmerder les voisins
Malgré un titre pompeux, je ne vais pas me lancer dans la théorie générale de l’espèce humaine, de l’aube des temps à l’invention du gonzo (oui oui, toujours pour emmerder Google… Enfin au passage, je note que mon lectorat trouve ce blog principalement par les mots clés « Zerach blog » et « Zerach ubik », comme quoi c’est bien moi qu’on cherche ! Ca fait plaisir car il y a de plus en plus de lecteurs anonymes).
Non, ce sont plutôt des petites pensées entre l’apéro et les makis, pour passer le temps et clore une journée riche en dialogues. Evitons néanmoins de trop ancrer cet article dans son contexte : il a une vocation plus générale et abstraite (je crois que le droit pollue mes expressions).
Bref, il y a des jours où je me demande si la vie est si compliquée qu’on veut nous le faire croire. Que nous soyons des êtres complexes, mus par des réseaux tortueux, des enchevêtrements innés et acquis de réactions sociales, influencés par des facteurs psychologiques, notre passé, notre présent et nos désirs… Je veux bien. Mais en dehors de ça, on a surtout des pyramides de besoins simples à remplir : manger, boire, dormir, se protéger (de la chaleur, du froid, de la pluie, de tout ce qui nous cause du mal)… A ce socle commun (qu’on a plus ou moins tous satisfait dans nos contrées bétonnées), on rajoute des branches éparses : l’amour (très populaire, très vendeur), le sexe, le confort, l’art, la géographie, les collections de pogs… Plus on avance, et plus on s’oriente vers le superfétatoire, et on masque nos désirs profonds sous des couches glacées de faux semblants.
Un petit retour aux bases de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Si ça n’engage à rien dans certains domaines (les moins importants), dès qu’on touche à l’humain, ça devient le bordel. On trimballe tous notre lot d’inhibitions, de craintes irraisonnées, de désirs tus, mais surtout, on a conscience que chacun a les siens, qui nous sont propres mais qui existent pourtant. Alors on n’ose plus rien dire, de peur que ce soit mal perçu, de peur de blesser, de peur de ne pas être compris, de peur d’être trop compris.
Si du jour au lendemain tout le monde décidait de se dire les choses avec franchise, comme elles viennent et sans artifice, on pourrait peut être avancer plus harmonieusement. Mais il faut reconnaitre qu’il n’est pas tout à fait socialement correct d’arriver devant quelqu’un et de lui lancer : « Tu m’intéresses physiquement. On baise ? ». Je reconnais que j’ai toujours été touché par les personnes qui ne s’encombrent pas d’ambages : on sait à quoi s’en tenir, et faire fi du regard d’autrui à ce point là a quelque chose de courageux en vérité. Mais ce n’est pas du gout de tous.
D’un autre côté, pour éviter les anicroches, il faudrait psychanalyser chaque personne avec qui on compte interagir socialement. Et ça ne me semble pas tout à fait possible non plus. Rien que pour aller acheter son pain et être sûr de ne pas offenser le boulanger…
D’où cette solution médiane, qui consiste à tenter d’anticiper la réaction d’autrui, en restant dans une norme sociale non choquante, et à lever le voile quand une intimité commence à se dégager, mystérieuse alchimie entre les êtres, qui peut prendre une seconde ou une éternité, voire ne jamais émerger. Mais eh, nul n’est parfait, et on lit toujours autrui avec notre propre grille de lecture. D’où les incompréhensions inévitables, les malentendus, les divergences de systèmes de valeur… On ne peut que se passer à côté continuellement, les uns les autres, et il faut apprendre à clarifier les situations si on envisage de continuer à fréquenter une personne donnée.
Parfois, on finit par jeter l’éponge, on baisse les armes : trop de distance entre deux chemins, et chacun reprend sa route.
J’ai beaucoup de mal à concevoir les amitiés de toute une vie, à moins de ne pas changer, de rester deux rocs insubmersibles dans le flot des ans, à se contempler mutuellement. Mais l’immobilisme, c’est la mort, non ? Comment devenir ce qu’on est si on arrête de s’actualiser ? Il me semble improbable d’arriver à garder suffisamment de repères pour rester proches sur le long terme, à moins de vraiment vouloir déployer l’énergie nécessaire pour continuer à se lire au travers du masque changeant qu’on arbore. C’est possible, mais ce n’est ni facile, ni évident : c’est un effort perpétuel pour actualiser le langage commun qu’on entretient avec cet alter, et sans une volonté réciproque, point de salut.
La plupart des gens ne sont pas prêts à cet effort. D’ailleurs, on l’est soit-même rarement, sauf à l’égard de quelques personnes particulières, qui ne le sont que parce que le hasard les a bringuebalées sur notre route à un moment propice qui a permis une véritable rencontre. D’un pur aléa, on doit ensuite faire le choix de s’investir dans une relation. Cette élection intellectuelle me fascine, personnellement. Qu’est ce qui fait qu’une personne va prendre une place à part dans notre vie, au point qu’on sera d’accord pour en prendre plein la gueule juste pour la garder dans notre cercle de compréhension, pour continuer à partager avec elle ?
Il y a autant de réponses que de liens interpersonnels. Mais encore faut-il avoir conscience qu’une amitié, un amour, ça ne se garde qu’au prix d’une réelle volonté de surmonter ce qui ne manquera pas de nous dissocier.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Zerach le 9 février 2010 à 20 h 30 min, et placée dans Beaucoup de blabla. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |
