Sherlock Holmes, quand Guy Ritchie se lance dans le blockbuster
Oui je sais, c’est ma période ciné. Et encore, je vous épargne les DVD que j’ai regardé ces derniers temps (The Rocky Horror Picture Show, Le bon la brute et le truand…).
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire sur ces pages (là par exemple), j’apprécie énormément le cinéma de Guy Ritchie. Arnaques crimes et botanique, Snatch, une grosse descente aux enfers du médiocre (parait-il, mais il faudra m’en assurer un jour) sur Carton rouge, A la dérive, et Revolver, puis un retour en fanfare (ou plutôt en guitare électrique) avec le come-back des films chorales de gangsters : Rocknrolla.
Surprenant donc de le voir aux commandes de ce Sherlock Holmes, gros blockbuster avec un casting de stars (Jude Law, Robert Downey Jr), des décors victoriens bien plus grandiolquents qu’à l’accoutumée, … J’étais à la fois fortement intéressé, mais aussi très inquiet du résultat final : Ritchie nous a habitué à des histoires tordues, une cohorte de personnages, et un univers déjanté. Comment allait-il s’en sortir avec un film à gros budget si éloigné de ses standards ? Pour tirer le bilan dès maintenant : pari réussi.
Commençons par l’histoire : Holmes et son fidèle acolyte, le Dr Watson, sont sur le point d’arrêter un tueur en série bien porté sur l’ésotérisme. L’arrestation musclée intervient juste à temps pour empêcher un sacrifice humain, et Lord Blackwood (campé par Mark Strong, tonton Archie dans Rocknrolla) se trouve rapidement condamné à mort. Ce n’est pourtant que le début…
Je ne suis pas du genre à apprécier le trip sociétés secrètes, grandes capes noires et pentagrammes, mais j’avais assez confiance dans la réalisateur pour savoir qu’on ne basculerait pas dans un remake du Da Vinci Code. Grand bien m’en a pris : l’histoire, bien que cruellement classique, ne se vautre pas dans le ridicule, et l’enquête qui va naitre suite à des évènements étranges (pour ne pas dire surnaturels) tient en haleine le spectateur jusqu’à découvrir le fin mot de l’histoire. En évitant de trop spoiler : si le film souffre de légères longueurs en milieu de course, et que le « combat final » est un peu léger, le climax marche au poil (malgré, une fois encore, le côté bien classique qui détonne chez un tel réalisateur).
Parlons un peu personnages : Holmes revisité, nous arrive dans une version bien plus rock’n'roll que l’image classique qu’on en a gardé -à tort ! Robert Downey Jr est très bon dans son rôle d’homme du monde décadent et fin observateur. Sa faculté à interpréter les détails est poussée à l’extrême (Patrick Jane dans ses meilleurs jours x 10), ce qui permet de prendre le tout au second degré et de ne pas se vautrer avec mauvais goût dans le ridicule. Joie ! Petit bonus : ce même sens de l’observation autorise une alternative sympathique aux ralentis de la mort dans les scènes d’action (enfin on n’y échappe pas toujours pour autant). Pour lui faire face, on trouve un Dr Watson plus posé mais loin de faire tapisserie, régulièrement excédé par son équipier mais prêt à lui venir en aide. On rajoute à ça une jeune femme espiègle et insaisissable, un méchant bien dark, plus une ribambelle de side-kicks pour compléter le tableau.
Les personnages ont tous de l’esprit, et le verbe est manié avec délice (au moins dans la VO) : ça fuse tout le long du film. Un programme plutôt réjouissant, surtout accompagné d’une BO qui, comme d’habitude chez Ritchie, nous colle une bonne claque musicale. Jugez plutôt :
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La mise en scène est dynamique (beau jeu sur les ombres / lumières, comme on pouvait déjà commencer à le sentir dans Rocknrolla), attendez-vous à un film explosif et délirant. Voilà qui tranche avec la gamme chromatique très froide du film, pour renforcer le côté londonien de la fin XIXe.
Enquête, action, galerie de personnages agréable servie par des acteurs excellent (en passant, sur certains plans Robert Downey Jr ressemble vraiment à Al Pacino), musique qui dépote, et une histoire classique, mais avec quelques rebondissements bienvenus. Allez, sans dire que c’est le film de l’année, c’est une très bonne surprise : Guy Ritchie s’en tire à merveille. Attention toutefois : cette version revisitée de l’enquêteur britannique se veut très orientée action. Oubliez les « élémentaire, mon cher Watson » et autres clichés du même tonneau, Ritchie a voulu en faire une version beaucoup plus moderne et personnelle. Si vous êtes allergique à ses précédents films, ce Sherlock Holmes ne va pas vous réconcilier.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Zerach le 19 février 2010 à 12 h 14 min, et placée dans Cinémathèque. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |



